kubla

Résumons le scénario de ce thriller passionnant, digne de la plume de Gérard de Villiers et dont Serge Kubla endosse les atours de Son Altesse Sérénissime.

La Région wallonne soutient à perte le Groupe Duferco

Entre 2003 et 2009, les ministres wallons de l’Economie et de l’Emploi successifs (Kubla (MR) de 1999 à 2004 et Marcourt (PS) de 2004 à ce jour), tentent de ressusciter la sidérurgie wallonne moribonde. La Société wallonne de gestion et de participation (Sogepa), fusion de la Société wallonne pour la sidérurgie et de la Société pour la gestion de participations de la région wallonne dans des sociétés commerciales, est appelée au chevet de la malade en phase terminale.

C’est une filiale de la Sogepa, le Foreign strategic investment holding (FSIH), qui investira, à partir de 2003, dans les sociétés du groupe Duferco. 517 millions d’argent public seront injectés dans le groupe italo-suisse sous forme de prises de participation, d’augmentation de capital et de prêts. FSIH est ainsi entré dans le capital de Duferco US Investment Corporation (Pennsylvannie), Duferco Participations Holding Limited (Suisse), Duferco Salvage Investment Holding (Dublin) , Duferco Long Products (Luxembourg) et a accordé des prêts à Ultima Partners Limited et Steel Invest & Finance. Ces filiales étant basées à l’étranger et dans ces paradis fiscaux tant honnis par la gauche, il n’y a aucune certitude sur l’emploi qu’a fait le groupe Duferco de cette manne providentielle.

Le fait est que cela n’a servi à rien : le groupe Duferco ferme tous ses sites en Wallonie (sauf un). Un désastre humain et financier : le bilan 2013 du FHIS fait apparaître une réduction extraordinaire de valeurs, pour un montant de 165.743.998 €, obligeant le conseil d’administration de mettre la société holding wallonne en continuité (anciennement concordat) pour éviter la faillite pure et simple. Les actions de Duferco, détenues par la Région wallonne, ne valent plus un clou inoxydable et quasi aucun emploi ne sera sauvé. De surcroît, la Commission européenne a ouvert une enquête approfondie sur les interventions de la Région wallonne, au profit du groupe Duferco, considérées, a priori, comme constituant une aide d’Etat illégale au sens de la réglementation européenne.

Le casting : Kubla, De Witte, Gozzi et la Princesse Odette

Serge Kubla a cependant gardé de bons contacts avec Duferco, qui aurait voulu s’introduire dans le milieu des jeux de loterie congolaise via la Sonal, la Société nationale de loterie congolaise. Antonio Gozzi et Maximo Croci, à la tête des activités belges du groupe, avec Stephan De Witte ont créé la société Successfull Expectations Belgium, basée à Jumet, qui renvoie à une société de droit luxembourgeois, rejoignant une autre société holding luxembourgeoise, BB Holding Investment, du nom du fondateur de Duferco, Bruno Bolfo. Serge Kubla n’est pas en reste : il crée une société personnelle, basée à Malte : la Socagexi Limited, qui lui permettra de recevoir discrètement les 1,2 millions d’euros, payés par une filiale sud-africaine de Duferco, en rémunération de sa « consultance ».

Il sera brièvement associé en République démocratique du Congo à Stephan De Witte dans la Société d’exploitation des jeux. De Witte, expert financier indépendant de Duferco, compagnon de la femme d’affaires congolaise, Odette Maniema Krempin (Princesse Odette,) a disparu des radars en juin 2014 à Kinshasa. Kubla, Gozzi et Croci ont été inculpés par le juge Claise qui les soupçonne d’être auteurs ou coauteurs de faits de corruption. Les acteurs principaux du dossier nient les faits qui leur sont reprochés. Un autre nom http://www.rtl.be/info/belgique/faits-divers/serge-kubla-encaissait-l-argent-de-duferco-via-une-societe-a-malte-705113.aspx apparaît dans le dossier : le français Daniel Sparza, un ancien cadre dirigeant de la Française des Jeux, suspecté de diverses fraudes avec des pays africains. Celui-ci aurait proposé le projet « Loterie congolaise » à Serge Kubla, qui l’aurait présenté à ses comparses Gozzi et Croci, lesquels se seraient engagés dans l’aventure en leurs noms propres et non comme dirigeants de Duferco.

Conflit d’intérêt : Froidmont (PS) – un pied dans la Sogepa et FHIS, un autre dans Duferco Group

Les faits mis à l’instruction donnent un coup de projecteur sur le fonctionnement du réseau de sociétés mises en place par les ministres wallons de l’Economie et leur contrôle. La Sogepa et sa filiale FHIS sont dans le collimateur.

Le conseil d’administration de la Sogepa est composé d’administrateurs nommés par le gouvernement wallon. Th. Castagne (Agoria Wallonie) a remplacé à la présidence, en 2012, Libert Froidmont (PS), recasé comme président du comité de direction. Libert Froidmont a été président du conseil d’administration du FHIS de 2003 à 2012. On le retrouve, dans le « board of directors » du groupe Duferco, à côté du fondateur Bruno Bolfo et d’Antonio Gozzi. Conflit d’intérêts avéré : il n’est pas normal que le président d’une société publique (FHIS), entrée dans le capital d’un groupe, se retrouve rémunéré, comme membre du conseil de direction de ce groupe et ce, à titre privé. L’éthique socialiste a ses limites … En congé maladie depuis plus d’un an, selon Le Soir, Libert Froidmont ferait l’objet d’une procédure de licenciement par le FHIS.

Libert Froidmont est dans le viseur de la justice liégeoise pour violation du secret professionnel (divulgation du rapport Laplace/Mittal) et a été pointé par Georges Hoyos (ECOLO), administrateur de la Sogepa en 2011, pour des paiements contestables (217.000 euros) effectués par la Sogepa à la SPRL Harvi appartenant à A. H., son chauffeur personnel et « garde-du-corps (sic) »..

FHIS : des branquignoles aux commandes ?

Autre raté du FHIS : Le 19 septembre 2013, le FHIS a prêté 1,7 millions € à la société espagnole Ecomasa, qui a racheté, à son propriétaire belge, la société Thermic Distribution (entreprise de Couvin employant 160 travailleurs). En février 2014 (6 mois plus tard), l’entreprise couvinoise tombe en faillite. Ecosama refuse de rembourser le prêt de FHIS et l’ancien propriétaire a mis les voiles en Espagne, emportant avec lui les brevets de l’entreprise. Les curateurs ont déposé plainte et il est peu probable que FHIS (Sogepa) revoie un jour ses sous. Les curateurs cherchent toujours un repreneur et 160 salariés restent sur le carreau.

La Région wallonne : participations dans plus de 1000 sociétés belges et étrangères. Pour quel résultat ?

Selon le CRISP, http://www.actionnariatwallon.be/la-base-de-donnees/recherche-simple.htm?sDenomination=sogepa&iPage=1&bSimple=1 la Région wallonne dispose de la majorité dans le capital de 164 sociétés (wallonnes et étrangères) ; possède entre 10 et 49,9% du capital de 458 autres sociétés et a une participation inférieure à 10% dans 140 entreprises. La Sogepa (15 participations), c’est 601 millions d’euros de capital propre provenant du budget de la Région wallonne et en 2013, une perte avant impôts de 163 millions d’euros et un bénéfice reporté de … 37.896 euros. La Sogepa détient entre autres 49,50% de la SA ARCEO, filiale de Mittal et en perte de 5,8 millions d’euros  et de 49,18% de la SA ARJEMO, également filiale de Mittal en perte de 3,1 millions d’euros. La SA Longtain, détenue à 51,2 % par la société espagnole Condesa et par la Sogepa pour 48,88%, est en perte de 6,1 millions d’euros.

Dans le même temps, la Sogepa a plus que doublé sa participation (49%) dans le holding belge NLMK Belgium du groupe russe LISIN. Les 51% restants sont détenus par une filiale de LISIN, Steel Invest & Finance SA, basée … au Luxembourg. Encore un investissement à fonds perdus ? Le sauvetage de la sidérurgie wallonne, à tout prix voulu par le ministre Marcourt et les syndicat, a un prix exorbitant que le contribuable wallon assume, in fine, qu’il le veuille ou non.

La Société régionale d’investissement de Wallonie (SRIW – une autre usine à gaz du gouvernement wallon) a des participations dans 78 entreprises et Meusinvest dans 70. Rappelons aussi l’impact financier négatif pour les finances wallonnes des contrats signés par Kubla et Happart avec Ecclestone pour maintenir le grand prix de Francorchamps…

Sociétés wallonnes d’investissement : opacité au rendez-vous

il est plus que temps que le Parlement wallon mais aussi la justice se penchent sur les sociétés publiques wallonnes d’investissement (Sogepa, SRIW, Meusinvest et leurs nombreuses filiales). L’articulation de ces sociétés publiques en poupées russes, la nomination d’administrateurs (trop souvent les mêmes) politisés, parfois impliqués dans des conflits d’intérêts, passés ou actuels (Lucien Froidmont et Didier Donfut, tous deux administrateurs de la Sogepa), l’opacité des rapports de gestion, le cumul de mandats, le manque de compétence de certains administrateurs et la mise hors-jeu du Parlement wallon ouvrent la porte à la prééminence d’intérêts partisans et/ou personnels au détriment d’une réelle efficience au service de l’intérêt collectif wallon.

Le PTB et le Parti Populaire demandent un audit indépendant sur les activités de la Sogepa, rejoints hypocritement par le MR, par la voix de Pierre-Yves Jeholet. Celui-ci a sans doute oublié que Kubla était ministre de l’économie lors du refinancement de Duferco (mission poursuivie par Marcourt) et que le MR était bien représenté au conseil d’administration de la Sogepa pendant toutes ces années et n’a rien vu. L’arroseur risque d’être arrosé !

L’avenir nous dira si la volonté de nettoyer les écuries d’Augias wallonnes se concrétisera ou si les stratégies partisanes (je te tiens, tu me tiens par la barbichette) auront raison du contrôle démocratique sur l’exécutif wallon. On ne peut que rêver … Au pire, il restera au citoyen wallon le plaisir de retrouver, durant l’été, le feuilleton des aventures de l’aventurier tchèque, de la Princesse congolaise, du comptable disparu et des capitaines d’industrie italiens. Le juge d’instruction Claise est en train d’en écrire les futurs chapitres.

P.H.

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