Kris Peeters, ministre de l’emploi CD&V, a osé rompre avec un tabou en sortant du format classique de la traditionnelle concertation sociale pour lancer un débat global sur le contrat de travail. Une initiative destinée à faire émerger de ce l’on pourrait traduire par « le travail viable », tellement mal accueillie par les syndicats, qu’ils l’ont boycottée!

Alors que le gouvernement tente de lancer une démarche innovante, tant sur la forme que sur le fond, les syndicats eux campent sur une attitude passéiste. Pourtant, les modes de vie évoluent et il est donc logique que le monde du travail s’adapte à ces changements. Contrairement à d’autres pays, la Belgique, qui a pourtant compté de nombreux réformateurs dans ses gouvernements successifs, n’a encore jamais réellement entamé de réflexion sur le sujet alors que de nombreux pays du Nord de l’Europe ont déjà mis en pratique des mécanismes favorisant la flexibilité du travail. A partir du moment où la durée de vie des individus s’allonge, il est logique qu’ils travaillent plus longtemps. Il s’agit là du volet allongement de la carrière que les syndicats voient d’un très mauvais œil car ils voudraient faire croire que les travailleurs âgés évincent les plus jeunes du marché de l’emploi alors que les études montrent justement à l’inverse, que les pays où l’on travaille le plus longtemps sont également ceux où le chômage des jeunes est plus faible.

co-working

 

 

Une fois le principe d’allongement acquis, il est important de repenser l’organisation du travail de façon à rendre optimales les conditions dans lesquelles il s’exerce durant ces carrières qui s’étirent. L’idée est de mettre sur pied une réforme globale afin de repenser l’organisation et le temps de travail pour en améliorer les conditions, notamment en s’attaquant au stress. Parmi les pistes qu’il souhaite étudier, le gouvernement compte se pencher sur un compte carrière qui permettrait, par exemple, de thésauriser ses jours de congé pour pouvoir par exemple les regrouper en fin de carrière. Ensuite, le gouvernement voudrait examiner le concept d’annualisation du temps de travail, un schéma dans lequel le temps de travail ne serait plus calculé par semaine, mais globalement, sur l’année. Le lieu du travail serait également beaucoup plus flexible ce qui permettrait d’institutionnaliser des pratiques existantes comme le coworking, par exemple. Le salaire et l’ancienneté pourraient également à l’avenir ne plus être liés de la même façon. L’idée serait de « lisser » le salaire en l’augmentant en début de carrière pour en limiter l’augmentation par la suite. Enfin, le stress au travail est un autre point qui suscite l’attention du gouvernement. Sur ce point, ce sont les employeurs qui se montrent plus frileux car ils considèrent que la détérioration de l’état psychologique d’un travailleur dépend aussi de sa sphère privée.

Il est certain que le chantier ouvert par le gouvernement est gigantesque et que s’atteler à rendre le « travail viable » soulève des questions difficiles. Néanmoins, il est impossible de faire l’économie de ce genre de réflexions si l’on veut permettre au monde du travail d’épouser l’évolution de nos sociétés où l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée pose désormais un défi majeur. Il y aura de nombreuses difficultés à surmonter et il est fort probable que certaines s’avèrent même insurmontables. Mais l’essentiel est de parvenir à une amélioration de la qualité de vie au travail et d’exploiter toutes les ressources de la flexibilité pour y parvenir, ce que le Parti Populaire a toujours soutenu dans son programme.

T.H.

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