VOTE IMMIGRE : la fin du communautarisme?

Depuis l’adoption du droit de vote des étrangers hors UE par la Belgique, la tendance du vote ethnique a connu un coup d’accélérateur dans la vie politique du pays. Un coup d’œil sur l’évolution des listes et des élus au fil des élections communales de 2000, 2006 et 2012 illustre parfaitement le phénomène et montre la montée en puissance du vote communautariste.

L’exclusion de la députée Ozdemir du cdH constitue un premier coup d’arrêt brutal dans la poursuite de cette pratique. Mais pourquoi le vote ethnique est-il si prisé?

A woman casts her vote during the presidential election, in Guatemala City November 6, 2011. Guatemala elects a new president on Sunday with two candidates battling to govern the coffee-and-sugar-exporting nation as it struggles to tackle poverty, powerful drug cartels and rising crime. REUTERS/Jorge Dan Lopez (GUATEMALA - Tags: POLITICS ELECTIONS)

A gauche toute, y compris pour le MR!

L’immigration fournit un formidable réservoir de voix pour la gauche. Récemment, Le Figaro révélait une note stratégique du think thank socialiste français Terra Nova qui conseillait en 2012 au PS d’investir sur le vote immigré. « La France de la diversité est presque intégralement à gauche (… ) Le rapport de force droite-gauche y est extrême, de l’ordre de 80-20 voire 90-10». Il va de soi que le constat est sensiblement identique en Belgique où les partis politiques ont tiré les mêmes conclusions.

Mais il y a un bug dans le logiciel politique belge. C’est l’adoption d’une politique de gauche par le MR, sous l’influence de Louis Michel, qui a rendu possible l’octroi du droit de vote des étrangers hors UE…. Ce jour-là, le MR a perdu toute légitimité en tant que parti de droite et tous les partis ont mis les moyens et placé leurs « hommes » pour capter au mieux cet électorat de masse acquis à la gauche. Et le MR, facilitateur de la nouvelle règle du jeu, n’y a pas échappé malgré des résultats certainement en décalage par rapport aux espérances comme l’a illustré la défection au profit du PS de son député Manzoor qui avait mené sa campagne électorale pour le MR à coup de tracts unilingues en ourdou!

Profil de l’attrape-voix idéal

Qu’un parti aligne des candidats aux origines les plus exotiques (même si justement, on peut regretter un certain manque de diversité dans le choix des communautés mises en avant par les partis traditionnels…) ne pose évidemment aucun problème en soi. Néanmoins, on constate trop souvent que ce casting repose moins sur les qualités intrinsèques du candidat que sur sa capacité à ramener le plus grand nombre de voix au sein de sa communauté. Un candidat au profil idéal, un attrape-voix, se doit d’être bien introduit dans le tissu social, culturel et cultuel de sa communauté. Ainsi, on peut le retrouver sous les traits d’un racloir à lieux de culte, véritable écumeur d’églises ou de mosquées. Il s’agit de s’adapter à l’évolution de la réalité socio-culturelle engendrée par l’immigration.

Il est évident que les allochtones ne développent pas les mêmes pratiques que les autochtones. Les premiers ont une vie sociale centrée sur le groupe tandis que les seconds, gagnés par l’individualisme, sont plus tournés sur la cellule familiale quand ce n’est pas sur eux-mêmes. Il n’aura échappé à personne que les mosquées sont pleines tandis que les églises se vident, sauf quand elles sont évangélistes.

A l’échelle d’une campagne électorale, cela change radicalement la donne pour les candidats! Quand l’un devra faire du porte-à-porte, rue par rue pour tenter d’arracher une à une les voix d’une population centrée sur elle-même ou sur sa tablette, l’autre n’aura qu’à trouver des relais auprès de l’un ou l’autre représentant religieux ou auprès de commerçants qui tiennent un étal sur un marché fortement fréquenté et c’est en une fois plusieurs dizaines, voire de centaines de voix qui tombent dans l’escarcelle d’un parti! Les uns partent pour la pêche à la mouche quand les autres sont à la pêche au gros.

A ce train là, on comprend pourquoi le marketing visant cet électorat de niche est devenu de plus en plus agressif et que même Joëlle Milquet se soit mise au turc, au lingala, à l’arabe et au polonais pour attaquer avec plus succès tous ces segments, selon les quartiers! Dans cette course effrénée au vote ethnique, les partis ont totalement délaissé ce qui aurait dû justement constituer le critère premier de choix de ces candidats « issus de la diversité », à savoir leur parcours d’intégration au sein de la société belge. Au contraire. Et c’est ainsi que le « système Milquet » a fait rentrer le premier voile islamique, celui d’Ozdemir, dans une assemblée. Une première en Europe!

Une bombe à retardement

Aujourd’hui, nous connaissons la suite après la polémique autour du génocide arménien qui aura mis en lumière l’incroyable décalage entre l’élue d’une communauté et la société civile dans son ensemble. Cela s’est joué à l’échelle d’un parti, le cdH dont le comité de déontologie et le président Lutgen ont été d’une droiture exemplaire. Mais ce phénomène traverse évidemment tous les partis qui ont joué à ce jeu malsain. Sans compter que les questions décisives sont légion : l’union de couples homosexuels, l’euthanasie, le port du voile, les cours confessionnels, le conflit israélo-palestinien, les génocides, … Voilà autant de pierres d’achoppement sur lesquelles buttent les partis traditionnels avec de nombreux candidats allochtones. Et c’est logique, puisque ces thématiques constituent aussi des dispositifs d’instrumentalisation qui font partie du marketing au service des partis. Mais avec le temps, on peut se demander qui manipule qui et si, finalement, certains partis victimes d’entrisme ne seraient pas devenus les otages de leurs candidats les plus représentatifs de la diversité…

Finalement, la chasse au vote ethnique constitue-t-elle autre chose qu’un populisme exogène? Au lieu de faire appel aux intérêts du peuple dans toutes ses composantes, elle mobilise ceux d’une seule communauté qu’elle renforce dans sa conviction qu’elle constitue un groupe à part du reste de la société civile. Voilà la bombe à retardement que les partis traditionnels ont dégoupillée sans avoir le moindre égard pour le risque d’éclatement qu’ils font peser sur la société puisque ces populations s’enferment dans une logique d’auto-identificaton « centrifuge ».

A l’inverse, le Parti Populaire, quand il invite des candidats issus de la diversité sur ses listes, ce n’est pas pour les faire figurer en masse au point de littéralement remplacer l’ancienne liste porteuse de noms à consonance pas assez exotique. Et ce n’est pas non plus pour mettre en avant ce qui les distingue de la population belge, mais au contraire, ce qu’ils partagent avec elle et ce qu’ils peuvent lui apporter à partir d’un socle commun de valeurs.

Cette diversité inclusive n’est autre que le vieux concept d’assimilation défendu depuis toujours par le Parti Populaire auquel ses adversaires préfèrent les illusions multiculturalistes. Enfin, ça, c’était avant le séisme du cas « Ozdemir » et des différentes répliques sous forme de « #JeSuisOzdemir » à venir…

T.H.