L’affaire Ozdemir, l’élue belgo-turque voilée du CDH, exclue pour avoir refusé de reconnaître le genocide arménien, n’en finit pas de faire émerger son lot de questions. En effet, lorsque l’on exploite politiquement une double appartenance vis-à-vis de deux cultures et de deux Etats, lorsque l’on capitalise sur un nationalisme étranger au pays dans lequel on exerce des mandats politiques, se pose immanquablement la question de loyauté, et in fine, celle de la nationalité.

Emir Kir inaugure la mosque de Saint Josse, le premier minaret de Bruxelles; une construction de l'architecte turc du palais d'Erdogan
Emir Kir inaugure la mosquée de Saint-Josse, le premier minaret de Bruxelles; une construction de l’architecte turc du palais d’Erdogan

Celle-ci représente la traduction en droit d’un choix politique construit autour d’une définition à un moment donné et qui n’est pas figée. L’attitude, pour le moins ambiguë, du ministre Kir et d’Ozdemir a été pointée à juste titre par le député Alain Desthexe (MR), le 1er juin dernier, dans une opinion qu’il a exprimée dans La Libre Belgique.

Sur le fond, le Parti Populaire partage ce type d’interrogations quant à la loyauté. On notera tout de même que dans une problématique connexe, c’est Aldo Carcaci, député du PP, et non le MR qui a proposé de retirer la nationalité belge aux djihadistes. Au rayon des déclarations d’intention non suives d’effet, à l’époque, le MR, en la personne de Ducarme, s’était fait remarquer par une sortie médiatique dont on attend toujours la suite… A la gauche du MR, qui parle beaucoup mais agit peu, il y a des partis comme le PS qui ne reculent devant aucun amalgame et se fendent directement d’une reductio ad hitlerum. On se souvient de la saillie malvenue de Rudy Vervoort qui s’exprimait en ces termes lors du débat soulevé par le PP autour de la problématique des djihadistes. « La déchéance de nationalité, cela a toujours été une arme utilisée par les régimes extrêmes. Quand on voit Auschwitz, quand on voit que dans l’Allemagne hitlérienne, les premières lois qui ont été votées, ce sont les déchéances de nationalité pour les Juifs. Le contexte est différent, mais regardez, on reprend quand même ces vieilles recettes aujourd’hui ».

Il va de soi que les derniers propos d’Alain Destexhe feront grincer des dents à gauche. Le PS, peut-être un peu refroidi par le précédent flop de Vervoort, a, dirait-on, préféré s’abstenir. On peut le comprendre. Pour l’heure, il semble que seul un jeune doctorant en littérature se soit porté volontaire pour jouer le porte-parole du camp du Bien et s’indigner dans les colonnes du Vif. Dans un style pour le moins ampoulé que l’on mettra (pour être gentil) sur le compte de la jeunesse, cet énième apôtre des bons sentiments et de la multiculturalité réunis, nous propose un texte où il est question de paix et d’harmonie, un peu comme dans les horoscopes.

Pour tenter de donner un peu de contenu scientifique à cet exercice de récitation écrite du catéchisme multiculturel, ce bienfaiteur de l’opinion publique s’est fendu d’une référence au père de l’interactionnisme symbolique. Voilà convoqué, ni plus ni moins, le sociologue américain George Herbert Mead, dont l’apport principal aura été de doter la psychologie sociale d’une vision dynamique par la prise en compte des échanges entre les individus dans l’avènement d’une société. Voici ce qu’en retient le détracteur d’Alain Destexhe : « On doit notamment au philosophe américain George Herbert Mead d’avoir montré, dès le début du XXe siècle, que l’origine et les fondements du soi relèvent foncièrement de la socialisation ; c’est en s’ouvrant à l’altérité et à la différence et non par la claustration et le figement, qu’un individu se donne les moyens de grandir et de prendre part sereinement à la vie commune». Par un étrange raccourci de la pensée, l’auteur, doctorant en littérature, conclut que l’ « autre » constitue un apport et que le fréquenter permet de « faire société commune », ce qu’aucun anthropologue rigoureux ne cautionnerait avec autant de légèreté. En effet, s’il est bien entendu admis que les interactions entre les individus édifient la société, le type même de société qui en résulte n’est pas déterminé, pas plus que son caractère serein!

En cela, l’auteur oublie d’établir une distinction pourtant essentielle entre le processus et le produit de celui-ci. Ceci l’amène, ainsi, à faire l’impasse sur les phénomènes de dissidence ou d’innovation, sur les tensions, les conflits et l’apparition de subcultures dans une société, ce qui revient à amputer l’anthropologie de ce que lui a apporté la méthodologie ethnographique… Il n’y a que dans le monde des Bisounours que l’on gomme les conflits et les tensions (sans que cela ne change pourtant rien du tout au niveau de violence). Mais c’est de l’idéologie, pas de la science. Il n’y a donc pas lieu de convoquer les pères de la sociologie moderne sur le ring, surtout pour en faire un usage aussi superficiel et biaisé. Une autre faille dans ce catalogue de bonnes intentions déjà fort peu convaincant est à rechercher dans l’attitude de repli et de claustration qui serait l’apanage d’un Alain Destexhe et de ceux qui comme lui seraient un peu « fermés ». Mais de quoi est-il question, à la base, si ce n’est justement de fermeture et de repli sur soi de la part de représentants de la communauté turque qui peinent à prendre une position claire par rapport au génocide arménien?

Ne faut-il pas voir, dans la posture ambiguë de ces élus alloctones, une réticence par rapport aux valeurs de la société belge dans sa dimension englobante? Quand on lit : « Les propos de Destexhe à l’encontre du devenir multiculturel de nos sociétés mondialisées témoignent de son inaptitude à comprendre tout ce que l’on doit à autrui », on ne peut que sourire car, sauf pour Madame Soleil pour qui tout est déjà écrit, rien n’est évidemment joué. Si tant de gens refusent le modèle multiculturel, à commencer certainement au sein de la communauté turque, c’est qu’il faut y voir la preuve que le débat fait rage. Pour l’heure, bien malin serait celui qui en connaîtrait l’issue. La multiculturalité s’apparente plus au rêve qu’à la réalité, qui ne s’incarnera peut-être jamais. Malgré ces signaux révélateurs de tensions de plus en plus fortes au sein de la société belge, les représentants du camp du Bien s’entêtent à vouloir cultiver les vertus du mariage forcé entre les cultures.

TH

http://www.itele.fr/monde/video/la-belgique-prevoit-de-faciliter-la-decheance-de-nationalite-110575