Mettens : l’incorrecte présidence politique

mettensPhilipe Mettens, président déchu de Belspo, a livré hier l’image minable d’un apparatchik qui ne parvenait pas à se défaire des avantages de sa fonction en squattant son bureau jusqu’à ce qu’un huissier l’en déloge. Pas sûr que la RTBF lui ait réellement rendu un service en immortalisant des instants aussi pathétiques.

Plutôt charismatique et souvent théâtral, Philippe Mettens (PS) n’a, en effet, pas livré son meilleur rôle. On se souviendra qu’il s’était  écharpé avec Rudi Demotte (PS) à qui il avait « incestueusement » ravi le maïorat de la petite ville de Flobecq. Sans rentrer dans les détails institutionnels de cette saga, dont le ressort se situe, in fine, dans une querelle d’égos socialistes, on retiendra surtout que, mis en cause pour le cumul des fonctions de bourgmestre et président de Belspo , Mettens s’en était sorti de justesse grâce à un recours au Conseil d’Etat qui avait annulé sa révocation en justifiant cette décision par la disproportion de la sanction… tout en reconnaissant l’illégalité du cumul.

Sacrifié par la NVA ou par le PS ? Aujourd’hui, alors que de nombreuses voix francophones s’élèvent pour crier au règlement de compte politique, en pointant d’un doigt accusateur la NVA, on se demande si le PS n’a pas été le plus efficace pour nuire à la carrière du président évincé.

Outre ces querelles intestines qui ont touché de plein fouet le sommet de la politique scientifique, c’est la structure même de Belspo qui est remise en question par le simple fait de l’évolution institutionnelle du pays. En effet, comme l’a rappelé Rik Torfs, recteur de la KUL, depuis le début de cette crise, en Belgique, la recherche scientifique est régionalisée à 90% et ce mouvement est encore accentué par les transferts de compétences opérés dans le sillage de la 6e réforme de l’Etat… Des textes pourtant négociés du temps où le PS était encore pouvoir.

Une mobilisation qui fait sourire en Flandre. Dans un dernier élan avant sa chute programmée, Philippe Mettens a tenté de mobiliser les réseaux sociaux et les médias en faisant circuler une pétition implorant le maintien de la Politique scientifique. Reprises en boucle par la presse francophone, ces 17.000 signatures suscitent avant tout l’hilarité en Flandre où l’on y voit surtout la mobilisation des ménagères de Flandre et des Pays-Bas et celle des pensionnés wallons. De notre côté, nous pensons aussi que de nombreux étudiants auraient pu se joindre à la masse des signataires, à en croire le battage médiatique organisé au sein de l’ULG , à travers son mensuel le 15e jour qui titrait, tout en nuance, « Sauvons Belspo! » en janvier dernier. Un prix Nobel aura tout de même signé le document. Mais les compétences en physique ne sont pas un gage de maîtrise de la complexité institutionnelle belge…

Le vent tourne… Mettens, on s’en souvient aussi, c’est l’homme qui était à la tête de l’Institut Royal de Météorologie et qui,en 2013, a voulu exploiter la fièvre médiatique autour du licenciement par RTL du plus célèbre Monsieur Météo de Belgique, Luc Trullemans, en lançant une procédure pour le rétrograder dans les fonctions de météorologue qu’il occupait au sein de l’IRM. On connaît désormais la suite. En 2014, Luc Trullemans a performé dans son engagement politique, en tant que tête de liste du Parti Populaire, en réalisant le quatrième meilleur résultat en termes de voix de préférence, avec 56.146 voix. Et aujourd’hui, le météorologue Luc Trullemans reste bel et bien le “maître du vent” incontesté et toujours aussi sollicité dans le monde. C’est lui qui route, avec le succès que l’on connaît, l’avion solaire “Solar Impulse”, même si les médias se gardent bien désormais de citer son nom…

Recherche utilité désespérément… Face aux changements institutionnels que rencontre la Belgique, il est tout à fait logique d’adapter les institutions devenues surnuméraires. Faut-il reprocher à la NVA de poursuivre avec efficacité ses objectifs de bonne gouvernance?

Par ailleurs, dans un contexte où le PS a mis en œuvre, depuis des décennie, une stratégie d’occupation des postes clés dans l’administration, faut-il réellement s’étonner de voir le PS perdre les privilèges qu’il avait ainsi politiquement acquis par le passé?

Belspo est un bel exemple d’édifice noyauté par le PS qui s’effondre. D’autres administrations fossiles qui ont coûteusement servi de vase d’expansion pour placer les amis des amis suivront. Il est clair qu’avec la NVA, les compromis ne sont plus de mise et que le vent a tourné. Sale temps pour les apparatchiks. C’est darwinien. A l’avenir, il semble bien que les institutions devront démontrer leur utilité pour justifier leur maintien. Plus question de déverser de l’argent public sans compter. Au fédéral en tout cas…

TH