L'intervention d'André-Pierre Puget devant le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles

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Le député du Parti Populaire André-Pierre Puget est intervenu, ce vendredi, devant le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour commenter la Déclaration de Politique Communautaire. Il y était question d’enseignement, de culture, de médias, de sports et d’autres sujets.

« Monsieur le Ministre-président, Mesdames les Ministres, Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Députés de la majorité, Mesdames et Messieurs les Députés, chers Collègues, Mesdames et Messieurs,

Je vous remercie de m’accueillir au sein de cette assemblée de la Communauté française ou Fédération Wallonie-Bruxelles qui, et même si l’institution communautaire nous semble inutile, reste un haut lieu de notre démocratie. C’est avec la foi en mes convictions, et celles des citoyens m’ayant accordé leur confiance, que je porterai en cet endroit une opposition ferme, mais constructive.

J’ai parcouru attentivement la déclaration de politique communautaire qui accorde une large place à l’enseignement. Nous nous en réjouissons car, plus encore que la planète que l’on va laisser à nos enfants, ce sont les enfants que l’on va laisser à notre planète qui importent. Le modèle qui nous est proposé ne nous semble pourtant pas en mesure de former des citoyens responsables, des individus développant un esprit sain et critique dans un corps sain, des chefs d’entreprise et, plus simplement encore, des individus épanouis.

La situation n’est guère brillante. Les études PISA démontrent régulièrement les carences, notamment en mathématiques et en sciences, mais aussi dans la compréhension de l’écrit, des élèves de la Fédération Wallonie-Bruxelles, alors que leurs homologues flamands se situent bien au-delà de la moyenne de l’OCDE. En matière d’abandon scolaire, la Communauté française figure également en haut du classement. Y a-t-il une fatalité à ces mauvais résultats ? Nous pensons qu’il y a avant tout des remèdes qui passeront par le goût de l’effort, plus que par les quelques mesures de remédiations ou les vagues principes que vous nous proposez

L’enseignement est aujourd’hui dévalorisé et l’on se désole du nivellement par le bas. Rassurez-vous, nous ne souhaitons en aucun cas instaurer un enseignement à deux vitesses, dont l’un serait réservé aux riches dans les écoles huppées, et l’autre aux classes paupérisées dans des établissements-ghettos. L’enseignement doit jouer son rôle d’ascenseur social, mais ne le permet que lorsqu’il est de qualité.

Nous nous réjouissons de l’instauration d’un test en fin de cycle, à l’image du baccalauréat, qui permettra de situer les élèves, mais aussi les écoles, sur une échelle objective et de les stimuler. Mais les contours de ce test nous semblent encore flous. Se basera-t-il notamment sur la culture générale qui sert de support commun dans la vie en société ? Quelles seront les méthodes de notation ? Qui seront les correcteurs de l’épreuve ? Nous ne souhaitons pas d’un baccalauréat au rabais, accordé à tous, mais d’un test qui représente un défi personnel et intellectuel pour lequel le candidat doit se préparer tout au long de son cursus.

Nous souhaiterions également insister sur l’importance de l’apprentissage des langues. Notre langue maternelle tout d’abord. Il n’est plus un texte, plus un curriculum vitae, plus une copie d’élève qui ne soient truffés de fautes d’orthographe. La langue est une structure de la pensée, un code qui s’applique de façon uniforme, un marqueur de compétence. Certains voient dans la langue un instrument lui-même incongru qu’il faudrait déstructurer. Il n’en est pas question pour nous. Le français doit être réappris, notamment en instillant le goût de la lecture des grandes œuvres du patrimoine culturel francophone.

Mais il est aussi un problème fondamental de connaissance des autres langues. Cela fait quelques décennies que l’on nous promet des élèves bilingues à la sortie de leurs secondaires. Madame Onkelinx ambitionnait un bilinguisme généralisé à l’horizon 2001. Sans méthode et sans moyens pour y arriver, ce fut l’échec le plus total. A la sortie de leur cursus, une grande majorité des élèves demeurent unilingues et ne font que balbutier quelques bribes de néerlandais et d’anglais. Ce n’est pas avec deux ou quatre heures de cours par semaine que l’on parviendra à remédier aux problèmes.  La connaissance d’une autre langue est le meilleur moyen de décrocher un emploi. Pourtant, vous semblez n’y prêter qu’une attention modérée. N’est-il pas temps de songer sérieusement à enseigner, par exemple, des cours d’histoire ou de géographie dans une autre langue que le français ?

Nous pensons également que des synergies doivent être mises en place entre les écoles et le monde de l’entreprise afin de former au mieux les élèves à l’environnement socioéconomique. Un tronc commun doit, selon nous, permettre aux élèves d’acquérir les savoirs de base, jusqu’à 15 ans, afin de leur laisser la possibilité ensuite de déployer leurs talents. Nous croyons réellement au bon-vouloir des entreprises quant à l’intégration, dès les années d’études, des élèves. Ne pensez-vous pas, néanmoins, qu’une telle politique n’est applicable et vouée à la réussite qu’en octroyant une liberté plus grande aux établissements scolaires ?

Car ceux-ci sont actuellement cadenassés. Et c’est sur le manque de libertés et de choix qu’est bâti tout notre système. Les différents décrets-inscriptions n’auront fait que renforcer la méfiance entre les parents, les établissements scolaires et la communauté française.

Il y eut les files d’attente aux abords des écoles avec la date unique d’inscription, puis le tirage au sort et les familles laissées sur le carreau. De plus, cette obsession pour le mélangisme social n’entraîne pas l’égalité, mais le nivellement par le bas. Ne pensez-vous pas, philosophiquement, que la liberté rendue aux écoles, dans le cadre toutefois de nos valeurs, avec un projet pédagogique décidé par elles, des tests réguliers, et des chèques-éducation remis aux parents, nous obtiendrions davantage de justice sociale par le nivellement par le haut ? En d’autres termes, nous pensons que le décret-inscription doit être tout bonnement et intelligemment supprimé !

Vous avez apparemment bien d’autres ambitions pour l’école. Dans un élan du cœur humaniste, vous affirmez qu’elle doit préparer notre jeunesse à intégrer la diversité dans une société pluraliste. Vous prévoyez un cours commun d’éducation à la citoyenneté dans le respect des principes de la neutralité, en lieu et place d’une heure de cours confessionnel ou de morale laïque. Vous écrivez que ce cours sera doté de référentiels spécifiques, incluant un apprentissage des valeurs démocratiques, des valeurs des droits de l’Homme, des valeurs du vivre-ensemble et une approche historique des philosophies des religions et de la pensée laïque. L’école participe ainsi, selon la note, à la construction d’un socle de références culturelles commun à tous les élèves, favorisant la cohésion sociale et le vivre ensemble.

Cela nous inspire plusieurs commentaires. Le flou entretenu avec une telle appellation laisse supposer qu’il s’agit là d’une préparation à la pensée unique et au politiquement correct plus qu’une initiation au débat d’idées et au pluralisme. Un cours qui façonnerait les opinions est non seulement peu souhaitable, peu démocratique, mais aussi peu à même de stimuler le sens civique de chaque élève. Le libre examen est pourtant ce qu’il y a de plus cher dans une démocratie.

En réalité, la laïcité n’est plus aujourd’hui remise en questions par quelques curés, mais est interrogée par la présence visible de doctrines religieuses dans nos établissements. Que comptez-vous faire pour que soient réellement appliquées la neutralité et que cessent les pressions sur nos professeurs, lorsque des filles, par exemple, refusent de se rendre au cours de natation sous motif de leur religion ? Ne vous indignez-vous pas lorsque vous apprenez que la théorie de l’évolution n’est plus enseignée pour ne pas froisser les éléments radicaux d’une religion ? N’avez-vous pas des motifs de craintes en sachant que des jeunes élèves sont menacés parce qu’ils mangent des tartines au jambon ? A l’heure où la vérité semble occultée, n’y a-t-il pas de discours plus urgent à tenir qu’un catalogue laissant supposer que l’on vivrait dans le meilleur des mondes ?

Vous entendez poursuivre l’inclusion dans l’offre de formation initiale et continue des enseignants des « modules portant sur les questions de genre ». Faut-il y voir les prémisses de l’application des théories du genre dans notre enseignement selon lesquelles les nouveaux nés ne naissent pas filles ou garçons, mais le deviennent ? Ces expériences risquent d’avoir pour corollaire un développement troublé des futures forces vives de la nation. Bien sur, nous lutterons contre toute forme d’homophobie, mais faut-il, pour autant, dans les manuels scolaires, parler de l’homosexualité de Rimbaud ou de Verlaine pour reconnaître leur immense génie poétique ?

Le Gouvernement souhaite donc mieux armer les acteurs de l’enseignement -et d’ailleurs de l’ensemble du monde associatif- à la gestion de l’égalité, des différences et de l’inter-culturalité. Il veut aussi les inciter à développer des projets de promotion de l’égalité. C’est un beau programme. Je vais rappeler ici, parce que c’est parfois encore nécessaire, que le parti que je représente s’érige contre toutes les formes de discrimination, de racisme et sera de tous les projets qui luttent contre ces fléaux. Mais, l’éducation repose sur d’autres objectifs, à commencer par la distillation de savoirs.

Comment faire ? Afin que la pensée soit davantage structurée, et que les élèves puissent s’appuyer sur un support matériel, il nous semble temps de revenir aux manuels scolaires clairs et précis. Sans imposer le retour de l’uniforme, un code vestimentaire adéquat permettrait le retrait hors des salles de cours d’éléments superflus comme les marques portées, voire les couvre-chef.

Le professeur n’est plus aujourd’hui maître dans son local. Il est souvent dépassé par des enfants chahuteurs et désintéressés par le savoir. Ne serait-il pas temps de remettre le sens des valeurs au sein même de la classe ? Le savoir doit passer par l’enseignant et ne s’acquiert pas, comme par enchantement, par les élèves. Le savoir s’apprend par la maîtrise du « par cœur » que l’on délaisse au profit de méthodes d’apprentissage hasardeuses.

Au sujet de l’enseignement supérieur, les auditoires des écoles supérieures et des universités sont de plus en plus peuplés puisque le nombre d’inscrits n’a cessé de croître ces quinze dernières années. Le financement des études supérieures n’a pas suivi la même courbe et l’on parle même aujourd’hui d’un dé-financement de 15 % par étudiant, ce qui ne manque pas de nous inquiéter, car nous accordons une importance essentielle à la formation.

Plusieurs voies sont aujourd’hui possibles pour remédier au sous-financement de l’enseignement : un refinancement, qui semble improbable au vu des efforts budgétaires qui devront être réalisés lors de la législature à venir, un financement alternatif, par le biais de chèques éducations notamment, ou une révision en profondeur du système d’inscriptions. Madame la Ministre, laquelle souhaitez-vous privilégier ?

Si l’on peut se réjouir qu’un nombre croissant de nos jeunes ait un accès aux études supérieures, et si l’on peut se réjouir qu’un tel accès ne soit, dans notre pays, pas entravé par des conditions financières, il n’est pas judicieux, selon nous, que des filières entières mènent au chômage. Selon une étude menée par la KUL, le vieillissement accéléré de la population aura provoqué entre 2010 et 2015 le départ de 502.900 personnes à la retraite, contre 385.700 entre 2005 et 2010. Ce sont les secteurs de l’HORECA, des services sociaux, des soins de santé et de l’informatique qui seront les plus touchés. Le risque est une pénurie de main-d’œuvre, malgré le niveau de chômage élevé. Il faudra donc promouvoir ces filières. Comment, concrètement, comptez-vous faire pour les promouvoir ? Le PP entend stimuler par des mesures volontaristes (quotas, examen d’entrée, incitants financiers, …) les étudiants à s’engager dans des filières d’avenir et non dans des voies sans issue.

Une société dont les membres entretiennent leur forme est mieux armée pour affronter les défis économiques, sociaux et sociétaux. Le bénévolat doit prévaloir, mais les pouvoirs publics doivent encourager le sport à travers une large campagne au développement des pratiques sportives qui portent des valeurs positives en elles. Le sport est essentiel au développement individuel. Vous ne semblez pas vraiment croire dans les vertus de l’effort. Comment, concrètement, comptez-vous en développer la pratique ? Les gymnases des écoles, le plus souvent, sont trop exigus que pour donner le goût de la pratique sportive aux plus jeunes. Et nous savons que l’enseignement souffre déjà de tant de carences que le sport à l’école sera rejeté aux oubliettes. La pratique sportive nécessite des clubs de qualité. Des choix devront néanmoins être faits : quels sports comptez-vous aujourd’hui privilégier ? De surcroît, la pratique du dopage, symbole de la tricherie contemporaine, transforme le sport dans son essence. Les contrôles aujourd’hui menés sont-ils suffisamment efficaces ? Seule l’émergence d’une culture sportive favorisera l’émergence d’une élite à même d’engranger des résultats. Les maigres bilans olympiques, comparés à ceux de nos voisins, témoignent de l’absence de volonté de faire du sport une vertu cardinale.

Vous semblez souhaiter que chaque citoyen et chaque élève aient un accès à la culture. Et nous vous donnons raison car elle est une porte vers l’universel, vers ce qui nous dépasse, vers le passé et le futur. La culture est, selon la maxime, ce qui nous reste quand on a tout oublié. Mais qu’appelez-vous aujourd’hui culture ? Englobez-vous la culture populaire et grand public ou comptez-vous privilégier une culture élitiste qui n’est pas comprise et qui est délaissée par une majorité de citoyens ?

Ne doit-on pas envisager plutôt l’instauration d’un chèque culture à remettre aux citoyens afin qu’ils effectuent leur choix culturel plutôt que d’accorder des subsides à des artistes à l’auditoire limité ? Enfin, nous pensons qu’il est essentiel que le grand public ait un accès illimité à la culture qui traverse les siècles, celle véhiculée par les grands écrivains, les peintres, les sculpteurs.

Les médias se situent à un tournant de l’histoire avec l’entrée de plain-pied dans l’ère numérique qui modifie en profondeur le fond et la forme des contenus. Dans le même temps, peu capables de s’adapter aux volontés du public, en maintenant des supports surannés et en véhiculant une pensée politiquement correcte, le lectorat des journaux est en baisse constante. Est-il utile de jeter de l’argent à fonds perdus dans divers subsides -plus de sept millions par an- qui maintiennent la presse sous respiration artificielle ou faut-il, au contraire, la forcer à se redéployer essentiellement avec ses propres moyens ? Nous souhaitons, pour notre part, des médias libres qui sont essentiels dans une société démocratique. C’est néanmoins par un repositionnement stratégique et une ligne en adéquation avec leur lectorat qu’ils sortiront de l’impasse. Les subsides leur empêchent une totale neutralité et leur ont fait rater, selon les spécialistes, le passage au numérique.

La déclaration de politique communautaire porte une attention toute particulière à la RTBF. Vous écrivez au sujet de la sacro-sainte institution qu’elle  apporte une contribution structurelle à l’expression de l’identité culturelle de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de ses deux Régions, la Wallonie et Bruxelles, à travers ses programmes diffusés sur différents supports. L’analyse de la grille des programmes démontre néanmoins une présence grandissante de séries anglo-saxonnes ou de concepts importés sur la chaîne publique. Ne serait-il pas temps de restreindre le temps d’antenne accordé ? Comble de l’ironie, à chacune des éditions de la Fête de la Communauté française, une soirée spéciale regroupant des artistes est organisée sur la Grand-Place de Bruxelles et diffusée en grandes pompes par la chaîne publique. Or, qui voit-on sur le devant de la scène ? Une majorité d’artistes anglo-saxons. Tout cela pour fêter… la francophonie. De surcroît, la RTBF est aujourd’hui orientée politiquement et apparaît souvent comme l’organe d’un parti qui y possède ses entrées. N’est-ce pas indigne d’une démocratie où règne le multipartisme ? Comment comptez-vous garantir le pluralisme d’opinions ? Une privatisation ne serait-elle pas plus conforme à cet objectif ?

Je terminerai en parlant de bonne gouvernance, de rationalisation et de bon sens. Vous vous en faites l’écho à longueur de pages dans la déclaration de politique communautaire.

Comment, néanmoins, peut-on croire décemment que vous mettrez ces principes en application, alors que treize personnes se partagent quinze postes à la Région wallonne et à la Fédération Wallonie-Bruxelles et que des personnes différentes dirigent les deux exécutifs ? Comment croire vos bons sentiments sur l’égalité hommes-femmes quand il n’y a que trois femmes présentent dans ces deux gouvernements. Ce sont là des symboles qui en disent long sur la sincérité de vos propositions.

Pour les raisons évoquées, le Parti Populaire n’accordera pas son soutien à la majorité en place.

Je vous remercie pour votre attention et m’en remet à vos réponses qui ne manqueront certainement pas de débats démocratiques et passionnants.

André-Pierre Puget

Député au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Parti Populaire

Le 25 juillet 2014.