La Sonaca ouvre une usine en Roumanie

La Sonaca va investir entre 10 et 15 millions d’euros en Roumanie après avoir obtenu l’accord des syndicats. C’est un début qui sent très mauvais pour l’avenir de l’usine-mère à Gosselies!

SonacaLe patron de l’équipementier aéronautique de Charleroi, Bernard Delvaux, justifie sa décision en affirmant qu’il ne s’agit en aucune manière d’une délocalisation, mais d’une « décision permettant d’absorber les commandes d’Airbus dans un contexte général de pression sur les prix ». Ben tiens! Lisez: les salaires belges sont trop élevés: pas le salaire-poche de l’ouvrier évidemment, mais les charges sociales et la fiscalité.

De plus l’usine de Gosselies avait encore, à l’arrivée de Delvaux, un handicap de qualité de production important. Le nombre de pièces rejetées, d’erreurs d’expédition ou de non conformités était effrayant pour une usine aéronautique, sensée tourner comme une horloge; d’autant plus qu’il n’y a pas vraiment de pression des « cadences infernales » quand on travaille dans l’aéronautique! Les marges sont confortables… Delvaux a réussi à secouer ses équipes, à calmer Airbus qui était mécontent et à ramener l’usine de Gosselies parmi les fournisseurs aéronautiques corrects. Sonaca n’a en fait qu’un seul concurrent, l’américain Spirit, qui fait les bords d’attaque… de Boeing. Mais à côté des usines nord-américaines, brésiliennes et maintenant chinoise de Sonaca, Gosselies n’est pas l’usine championne de la qualité! Petit à petit cela s’améliore: les lignes de production ont enfin des cadences de production et les pièces refusées diminuent en nombre. Il faut dire que le nombre de contrôleurs qualité a été quasiment doublé.

Le nouveau site roumain accueillera des ouvriers travaillant pour maximum 5,5 euros de l’heure, toutes charges comprises ! Ce n’est certes pas à proprement parler une (future) délocalisation, mais cela y ressemble furieusement. Que Sonaca « suive » Airbus en Chine, en implantant une usine à côté d’Airbus-Chine, c’est compréhensible. Que Sonaca installe ou rachète des usines en Amérique du Nord ou au Brésil, pour être au plus près du marché nord-américain et de son marché brésilien, c’est parfaitement normal, mais ouvrir une usine concurrente à son siège de Gosselies en Roumanie, c’est inacceptable avec de l’argent public!

La Sonaca est contrôlée à 90 % par la Région wallonne dont les responsables politiques clament régulièrement qu’ils s’opposent à la concurrence déloyale et à toute forme de dumping. Qu’est-ce que c’est que cette aventure roumaine, sinon un futur élément de pression sur les salaires wallons…

Les dirigeants wallons, PS en tête, peuvent se gargariser du plan Marshall. La réalité est qu’il nous faut danser beaucoup plus vite en Belgique et singulièrement en Wallonie, si on veut encore de l’emploi industriel demain. La Région wallonne, en autorisant B. Delvaux à partir sur la pointe des pieds, fait passer le travail en Wallonie au second plan. Inadmissible !

Le Parti Populaire l’a bien compris et son député wallon André-Pierre Puget annonce qu’il interpellera le gouvernement wallon pour qu’il revoie sa copie et privilégie l’emploi en Wallonie où le taux de chômage à deux chiffres reste endémique.

C.T.