L'intervention d'André-Pierre Puget devant le Parlement wallon

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Le député wallon du Parti Populaire André-Pierre Puget est intervenu ce jeudi devant le Parlement wallon pour commenter la Déclaration de politique régionale. Sans surprise, il n’accordera pas son soutien au gouvernement PS-CDH.

Monsieur le Président du Parlement, Monsieur le Ministre-président, Madame la Ministre, Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Députés de la majorité, Mesdames et Messieurs les Députés, chers Collègues, Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi tout d’abord de révéler l’honneur que m’ont fait les citoyens de Wallonie en m’accordant leur confiance pour la durée de cette législature. Permettez-moi également de vous remercier pour l’accueil qui m’est fait au sein de cette assemblée. Ce sont là autant d’éléments prouvant toute la force de la démocratie pour laquelle je me battrai jusqu’à mon dernier souffle. Une démocratie saine et vivante se mesure à la place qu’elle accorde à l’opposition.

La Wallonie, jadis prospère, lorsque des hommes de talent la faisaient étinceler de mille feux, n’est plus aujourd’hui qu’un fourneau éteint. La Région wallonne, pourtant, s’apprête à vivre cinq nouvelles années aux rythmes d’une majorité qui ne fera qu’ajouter de la pauvreté a la pauvreté et de la misère à la misère. Pour paraphraser Albert Einstein, qui prétendait que ce ne sont pas ceux qui ont créé les problèmes qui pourront les résoudre, nous dirons que ce ne sont pas ceux qui ont éteint la flamme de l’espoir depuis près de 30 ans qui pourront la rallumer.

Alors qu’ils ont pratiquement été de tous les gouvernements, la majorité actuelle entend aujourd’hui nous faire croire qu’elle détient, comme par enchantement, la solution à tous nos maux, mais, en réalité, PS et CDH  illustrent a merveille la maxime “il faut que tout change pour que rien ne change”. Et notre crainte est bien là : que rien ne change.

Comment pourrait-il d’ailleurs en être autrement quand on dresse le bilan objectif des  éternelles coalitions qui se partagent le pouvoir ?

  • Un Wallon sur quatre est aujourd’hui demandeur d’emploi.
  • Le PIB par habitant est largement inférieur à la moyenne européenne, avec un indice stagnant au-dessous des 90 quand celui de la Flandre est largement au-dessus des 110.
  • Un enfant sur quatre vit dans la pauvreté au sud du pays.
  • Une entreprise sur quatre-vingts a fait faillite l’an dernier au sud du pays.

Dans ce contexte, il est très malvenu de venir claironner que la Wallonie a mieux résisté que d’autres régions à la crise. En réalité, elle s’est toujours un peu plus enfoncée dans le déclin.

Avec 15 ministres au total (!), dont treize titulaires différents, les gouvernements wallons et de la Fédération Wallonie-Bruxelles ont été intentionnellement constitués en surnombre afin d’assouvir une soif de pouvoir qui va à l’encontre même de la déclaration gouvernementale qui se dit une déclaration de bonne gouvernance dans laquelle l’on souligne les termes ‘économies’, ‘exemple’ et ‘innovation’ !

Comble de l’ironie, et tandis qu’on annonce une rationalisation, les deux exécutifs seront dirigés par deux personnes et non plus une seule. Il y a peu,  on voulait fusionner communauté et régions ! Comprenne qui pourra. Et parmi les quinze ministres ne figureront que trois femmes, alors que –c’est écrit noir sur blanc dans la note-, « l’égalité entre les femmes et les hommes constitue un enjeu de société et démocratique essentiel ». Comment pouvez-vous, dans ce contexte, vous revendiquer d’une quelconque crédibilité ?

J’ai examiné les 120 pages de la déclaration qui fait office de ligne de conduite du nouveau gouvernement. Je pourrais reprendre ici les propos de Churchill quand il disait d’une note fournie par un de ses collaborateurs qu’elle était tellement longue et verbeuse qu’ “elle était protégée de tout risque d’être lue”. Mais, je ne vous en ferai certainement pas l’injure. Revenons donc aux principes qui sont martelés à longueur de pages. On voudrait donc rationaliser, innover, simplifier, oser… pour reprendre quelques-uns des termes fréquemment utilisés. Quelle bonne nouvelle. Il ne m’a  pourtant pas fallu longtemps avant de déchanter.

Dans un rare élan de bon sens, on entend aujourd’hui faire des économies. Mais si tel est le cas, c’est bien parce que la Wallonie s’est endettée en raison d’une mauvaise gestion et qu’elle a dépensé sans compter. Et il faudra donc faire plus de 700 millions d’euros d’économie.

Pourquoi ne parle-t-on que trop rarement de propositions concrètes et évidentes, comme la suppression d’intercommunales inutiles, des 150 parastataux wallons ou plus simplement la fusion des TEC ?  Pourquoi avoir attendu d’être le couteau sous la gorge pour rationaliser, à hauteur de 512 millions d’euros -une bagatelle apparemment- le fonctionnement des sociétés de logement ?

Pourquoi ne pas supprimer les provinces, qui apparaissent aux yeux de tous inutiles, coûteuses, peu adaptées à la réalité moderne et dont vous souhaitez au contraire, renforcer le poids. Ce n’est pas là gérer à long terme !

La sixième réforme de l’Etat responsabilisera un peu plus les Régions. Les transferts de compétences et de moyens auront fini par faire basculer le centre de gravité au sein des entités fédérées.

Vous semblez vous réjouir de cette situation. Pourtant, sans un sursaut, avec de réelles politiques de ruptures, elle scellera définitivement le sort de la Wallonie en la rendant exsangue. Toutes les saignées pratiquées par les gouvernements successifs ne feront qu’achever un peu plus le malade, car la Flandre n’injectera pas éternellement des litres de sang neuf. Apres le Contrat d’Avenir, les Plan Marshall 1 et 2, annonçant les suivants, comme dans une mauvaise série télé, la situation ne s’est guère améliorée structurellement, car ce qu’il faudrait, c’est un changement immédiat de cap dans plusieurs domaines.

Le document consacre un chapitre aux primo-arrivants. Ils devront, écrivez-vous apprendre le français. La langue est ce qui nous unit, nous permet de communiquer et favorise l’intégration. Mais, ajoutez-vous, un tel apprentissage sera “graduellement mis en œuvre en fonction des moyens budgétaires disponibles.”  Autant dire, jamais. Vous vous gaussez de proposer de vouloir intégrer les nouveaux venus, après des années de faillite dans le domaine, mais il aurait fallu aller plus loin encore et rappeler que nous n’avons pas vocation, aujourd’hui, à accueillir, au regard de notre taux de chômage, des migrants non qualifiés et ne souhaitant pas ouvertement apporter une valeur ajoutée à la Wallonie. Nous vous invitons à être vigilants vis-à-vis d’une politique migratoire absurde et ceci pour le bien-être de nos concitoyens et éviter une montée de la xénophobie, du racisme, de la xénophobie et de la radicalisation d’une certaine couche de la population.

Votre note parle également beaucoup d’environnement. Visiblement, on aime se gargariser des aides multiples, inefficaces et floues accordées au renouvelable. Le renouvelable, voilà un beau mot qui masque, sans effacer, l’un des échecs les plus criants de la dernière législature. Et surtout une aberration économique.

Le photovoltaïque a provoqué un endettement de 2,5 milliards d’euros pour les Wallons. Nous souhaitons bien sur que la Région tienne ses engagements envers les citoyens qui se sont inscrits dans le projet des certificats. Mais pour le futur, nous disons stop. Nous serons très vigilants lors des amendements futurs apportés sur ces sujets.

Les éoliennes, que l’on voit défigurer partout nos campagnes, causeront une dette totale de 6 milliards en cas d’application des mesures du gouvernement précédent qui prévoyaient la coquette somme de 65 euros le MWH pour chaque éolienne les quinze prochaines années. C’est cher payé pour une source d’énergie à laquelle on peut faire appel six jours par mois en moyenne.

Le gouvernement actuel semble avoir découvert les bienfaits des PME et des TPE dans le tissu économique d’une région. Et nous vous en félicitons car ce sont en effet elles qui font tourner l’économie en créant et en garantissant l’emploi. Le small business act est certes un pas dans la bonne direction, mais il ne nous mènera pas assez loin dans le redéploiement de la Wallonie, car c’est d’une réforme copernicienne dont nous avons cruellement besoin. Les entrepreneurs sont exsangues, ne parviennent plus à survivre sous le poids des charges qui pèsent sur eux et des tracasseries administratives. Davantage qu’une pléthore de ‘mesurettes’, dont vous avez vous-mêmes à demi-mot avoué qu’elles sont trop floues que pour être efficaces, nous vous demandons de laisser les entrepreneurs créer de la richesse sans tracasserie et de leur fournir une aide concrète et fiable. Nous souhaitons votre vigilance vis-à-vis du secteur Horeca dont personne ne parle jamais car eux ne font pas grève.

La déclaration est, en réalité, un catalogue épars de vagues intentions : faire de la Wallonie une région touristique d’excellence, permettre au plus grand nombre d’accéder à la propriété et développer le logement étudiant, soutenir l’accès aux services dans le monde rural, améliorer les TEC, renforcer la sécurité routière, dépolluer les sols et on en passe, mais jamais il n’est expliqué comment un tel programme gouvernemental sera applicable alors que l’on annonce un gel dans les dépenses dans les deux années à venir. La déclaration est également pleine d’angélisme : dans la mesure des compétences de la Région, la sécurité se réglerait par le dialogue et la prévention, comme si quelques mots échangés avec un caïd le feront entrer dans le cadre de la loi.

Laissez-moi dire pour conclure que nous croyons dans la responsabilisation de l’homme et dans son travail, et nous avons le sentiment que l’humain et la technologie, quand ils s’allient, forgent le progrès. Autrefois, le monde entier avait les yeux fixés sur la Région wallonne. Plusieurs générations d’industriels, qui ont mis leurs connaissances au profit de l’avenir, leur savoir au service du développement, leur audace au profit d’une région, ont façonné la grandeur de la Wallonie. Des générations de travailleurs, qui sont descendus dans les mines au péril de leur vie, ont contribué à cet effort. C’est sur ces forces-là qu’il faudra s’appuyer pour redresser la Wallonie.

L’heure est grave. « Face aux grands périls, le salut n’est que dans la grandeur ». Et c’est de grandeur dont nous avons aujourd’hui cruellement besoin. De grandeur et, ajouterai-je, de courage. Nous souhaitons voir des hommes et des femmes capables d’envisager l’avenir au-delà de la prochaine élection. Ne pas réagir maintenant serait un crime commis envers les générations futures. Nous n’avons pas l’impression que le gouvernement mis en place ait suffisamment de grandeur et de courage.

Pour ces raisons, le Parti Populaire n’apportera pas son soutien à votre gouvernement. Mais nous apporterons la contradiction dans le respect de la démocratie et avec cette volonté inébranlable d’apporter notre contribution au redéploiement de la Wallonie.

Et enfin de conclure, Monsieur le Ministre-président, Madame et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Députés de la majorité :

Je souhaite simplement vous offrir la possibilité d’une réflexion, certes simpliste, mais tellement vraie, une réflexion qui vient du terrain, terrain que je vous invite à fouler à foison afin de prendre connaissance des soucis et de la réalité du quotidien de nos concitoyens: Repeindre une porte sans la décaper ne sert à rien. Certes, elle brillera de nouveau, mais pour très peu de temps….

Je vous remercie pour votre attention.

André-Pierre Puget

Député au Parlement wallon

Parti Populaire

Le 24 juillet 2014