Coût de l’immigration : Entre arithmétique et politique

Les nouvelles de manifestations de migrants à Calais ou de noyades d’autres migrants en Méditerranée se succèdent sans arrêt et on entendait à nouveau sur RTL il y a quelques jours, cette affirmation qui veut que chaque migrant rapporte 3.500€ par an à Belgique. Est-ce bien exact? Si au contraire, l’immigration avait un coût, à combien s’élèverait-il? Certains évoquent plus de 7 milliards par an…

immigration-1Rétroactes. En novembre 2011, celui qui deviendra plus tard secrétaire d’Etat à l’asile et à la migration commente l’article « The Magic of Diasporas » paru dans The Economist. En substance, ce texte met en avant les bénéfices que retire le continent américain des migrants en illustrant les apports des diasporas indienne et chinoise aux USA, japonaise au Brésil et galloise en Patagonie. Il évoque aussi le phénomène de « brain drain » qui permet dans une certaine mesure d’enrichir les pays pauvres. Lorsqu’il place cet article sur son mur, le député NVA Francken exprime ses doutes quant à la transposabilité d’un tel constat de profitabilité pour les diasporas issues du Maroc, du Congo ou d’Algérie.

Indignée, une certaine presse crie au scandale et brandit chiffres à l’appui une immigration profitable au pays.

« Chaque immigré rapporte autour de 3.500€ à la Belgique », voilà, la formule tirée d’une étude de l’OCDE –à la méthodologie controversée – est lâchée! « A toute chose égale par ailleurs » devrait-on prudemment ajouter avant d’asséner de telles assertions. En effet, à ce stade, différentes questions déterminantes sont posées. Quelles sont les dépenses prises en compte pour le calcul? Les seules dépenses liées aux allocations ou bien l’ensemble des dépenses, y compris celles qui impactent sur le logement, la santé, la justice ou encore l’enseignement pour ne citer que celles-là? Intègre-t-on les dépenses de sécurité qui explosent depuis la vague de départ de djihadistes? Ensuite, quand on veut aborder le concept d’immigration fait-on une distinction entre les migrations intra-européenne et extra-européenne?

Vu l’étendue de la question du coût des migrations et de l’extrême rigueur que ce sujet requiert sur le plan méthodologique, il est évident que l’objectif ne de cet article ne sera pas de se livrer à des opérations d’additions et de soustractions sommaires pour parvenir à un chiffre hypothétique.

Ici, il n’est pas question de lancer des montants en se retranchant derrière la respectabilité et les acronymes ronflants des institutions qui les produisent. En revanche, ce que l’on peut mettre en évidence, ce sont les paramètres qui président à l’établissement de tels calculs et leur pertinence. En Belgique, la majeure partie des migrants provient de l’UE comme le fait remarquer le Centre pour l’Egalité des chances et la lutte contre le racisme. Or, on peut raisonnablement supposer que les nombreux exilés fiscaux français ont largement contribué sur le plan fiscal que ce soit via l’Impôt sur les personnes physiques, le précompte immobilier, ou les différentes taxes et accises. En revanche, sans vouloir faire d’amalgame, on constatera que peu sont inscrits au CPAS, qu’ils ne saturent pas les infrastructures scolaires, ni les logements sociaux. Qu’en est-il des migrants hors UE? A vrai dire, il est bien difficile de répondre à cette question tant les données sont parcellaires et morcelées. Les statistiques ethniques restent un grand tabou. Leur cruel manque induit une malsaine opacité. On souhaiterait plus de transparence sur la question. A qui la faute…?

Néanmoins, pour se faire une idée et émettre un ordre de grandeur, on peut se lancer dans un raisonnement par analogie avec la France qui dispose d’un système social sensiblement comparable.

Vu la complexité des éléments à prendre en compte comme le soulignait déjà Michèle Tribalat dans son ouvrage « Les yeux grands fermés » (Denoël, 2010) , on ne sera pas étonné d’apprendre qu’en France différents chiffres circulent quand il s’agit de quantifier le coût de l’immigration. Selon le résultat que l’on veut obtenir, il suffit d’écarter certains paramètres. Ainsi, selon les chercheurs, en France, à l’exception de Xavier Chojnicki (Lille 2) qui attribue à l’immigration un bénéfice de 12 milliards l’ensemble de la communauté scientifique s’entend sur une perte. Un coût qui s’élève à 17milliards dans la dernière étude de Jean-Paul Gourévitch (2012), à 42 milliards pour Pierre Milloz (1997), 73 milliards pour Yves-Marie Laulan (2012). Dans un rapport daté de juin 2014, André Posokhow avance la somme de 84 milliards! Concernant Belgique, des chiffres plus pessimistes que ceux de l’OCDE ont été produits. Ils oscillent entre 1 et 5 milliards à en croire François Gemenne (ULg et Sciences Po). En 2009, le député Jean-Marie Dedecker avait quant à lui évalué le coût global de l’immigration à 7,67 milliards.

On le voit bien, tant que les chiffres officiels manqueront de transparence, la guerre des chiffres continuera de faire rage.

Parallèlement à cette difficile objectivation, sur le plan politique, le Parti Populaire ne souhaite pas rester inactif. Au contraire, de façon proactive, il défend une attitude constructive et pragmatique, détachée de toute référence à la nationalité. Dans cette perspective, le Parti Populaire envisage les flux migratoires extra-européens (les flux migratoires intra-européens sont soumis aux directives européennes) sous conditions de revenus, y compris en matière de regroupement familial. C’est en réalité le modèle qu’appliquent de grandes démocraties comme les USA, le Canada ou l’Australie où la migration fait partie intégrante de l’identité.

Soumettre les flux migratoires à des conditions de revenus comme le souhaite le Parti Populaire constitue une mesure que les tenants d’une immigration source de revenus ne peuvent qu’approuver car dans cette hypothèse elle est sans conséquence sur la population immigrée. Par ailleurs, cette mesure serait de nature à rassurer ceux qui y voient plutôt une source de dépenses, puisqu’elle serait de nature à en limiter l’ampleur.

TH